Travaux d’étudiants

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10 juin

Myriam Seror

Il y a des choses qu’on réussit du premier coup. Moi, c’est casser les noix. Il y a trois types de coquilles. La coquille fragile, qui se brise dans la main en serrant le poing ; elle est en général sèche, on peut même entendre cogner son contenu contre l’enveloppe. Ensuite, il y a la coquille moyenne. Une pression ferme sur le casse noix suffit à la faire céder. Enfin, et c’est mon domaine d’expertise, on trouve la coquille résistante. La dure à cuire. Elle est belle. Massive. Parfois humide de fraîcheur. Il faut bien la comprendre. Repérer ses parties vulnérables. Alors on l’insère délicatement dans le casse noix, et avec toute la rage et la violence du coup de grâce que l’on assène à l’ennemi, on la pulvérise, sans autre forme de procès.

Pour d’autres choses, rien à faire : on a beau recommencer cent fois, on n’y arrive pas mieux. Ce qui explique, je suppose, pourquoi je ne sais toujours pas enfiler les chaussettes aux bébés. Mais entre nous, qui y arrive du premier coup ? Soit c’est le petit orteil qui ne veut pas rentrer, soit c’est le talon qui refuse de coopérer. Il doit y avoir une règle. Si on excelle en perfection dans un domaine, alors on doit exceller en médiocrité dans d’autres. C’est l’équilibre universel. Voilà donc pourquoi je n’arrive jamais à me souvenir du code de l’immeuble de ma meilleure amie. Pourquoi je ne sais jamais manger à des heures normales. Pourquoi je suis incapable d’envoyer un SMS avec un IPhone. C’est dingue ce qu’on peut paraître ridicule quand on dit « et là j’appuie où ? » Mais l’essentiel, c’est de ne pas oublier en quoi l’on est doué. Il ne faut pas hésiter à renverser la situation : « Quoi ? Tu ne sais pas mettre à l’échelle sur Autocad ? » - Et toi, tu sais casser les noix ?

6 juin

Edouard Fosse

Il y a des choses qu'on réussit du premier coup. Moi, c'était de créer à dix ans un établissement bancaire au cœur d'un village abandonné. C'était, par la suite, d’inonder ce petit bourg dans l'espoir de voir débarquer sur des radeaux, mes premiers clients. C'est sans doute cela, qui m'a conduit quelques années plus tard à construire des catapultes au cœur des forêts d’Île de France, pour assiéger tous ceux qui n'ont jamais voulu me souscrire en emprunt. Pour d'autres choses, rien à faire : on a beau recommencer cent fois, on n'y arrive pas mieux. Ce qui explique, je suppose pourquoi je ne sais toujours pas différencier une lampe fluorescente et une halogène. Pourquoi, je confonds en permanence l'indice de couleur et la température de couleur, un spectre complet et un spectre à raie. Et c'est sans doute pourquoi, je viens seulement de valider le cours d'éclairage.


4 juin

Armelle Breuil

Il est 10 am à Kauaï. Le soleil est déjà haut dans le ciel. Tu es allongé sur ton lit à écouter un vieux tube des années 70. Le son résonne dans ta cabane en bois. Tu sifflotes. Tu n’as pas envie de te lever. Tu es bien. Le disque s’arrête. Tu ronchonnes et sors dans le jardin. L’immense jardin. La maison « Mahamoku » est devant toi, tu es fier d’en être le gardien. Son bois dur cache un intérieur confortable. Tu t’arrêtes, regarde l’océan Pacifique : la vue est incroyable.

Tu sors tes engrais et en parsèmes la pelouse. Tu évites avec précaution les fleurs blanches. Sensation de ne jamais finir de traiter ce terrain. Les adultes et enfants qui louent la maison centenaire pour les vacances ne sont pas là. Sûrement à la plage. La propriété peut respirer. Toi aussi. Tu n’as pas l’habitude de partager ton territoire. Tu avais oublié à quel point les enfants sont bruyants.

La peau de ton visage brûle comme jamais, pourtant cela fait plus de vingt ans que tu habites ici. La journée se déroule rapidement et tu attends à présent un ami sur le pas de ta porte. Ensemble vous fumez comme à votre habitude un peu d’herbe.

Le lendemain, pluie chaude des tropiques. Tu parles avec une des adultes, Amy. Elle aussi est américaine. Elle commence par des futilités, tu la lances sur des questions essentielles de la vie. Tu lui montres tes peintures, elle rit.

Plus tard elle te rend visite. Elle te parle avec simplicité. Elle t’intrigue. Amy te parle de Los Angeles, où elle habitait elle aussi. Tu te raidis, perds tes moyens. Tu te brûles avec le café que tu lui préparais. Mais tu t’en fous, tu veux savoir. Tu lui demandes l’air de rien si elle a entendu parler de la fusillade de Grand View. Elle s’en souvient. En 77. Avant ton départ. Tu y étais. Elle n’y croit pas. Si si, sur Warner Drive. Deux policiers sont morts. Elle te corrige et dit qu’ils ont été blessés. Tu ne la crois pas. Ils étaient morts. Elle te dit que non, qu’elle se souvient de son père lui lisant le journal. Dire que ces connards de journalistes s’étaient trompés. Pas morts, blessés. Un poids énorme se détache de tes épaules. Tu n’es pas un meurtrier.

23 mai

Martin Detoeuf

L'incident.


Madame,

Si je me permets de vous écrire, c'est pour vous demander de bien vouloir m'excuser pour ma faute grave. Vous avez surement du faire les démarches nécessaires il y a de cela trois jours.

Elle n'a rien, ne vous inquiétez pas. Je l'ai remise dans votre rue, au numéro 12.

Laissez-moi vous vous expliquer ce qui s'est réellement passé.

Cordialement,


Le malfaiteur.

/

Monsieur le malfaiteur,

Suite à la réception de votre mail et voyant votre honnêteté, j'ai abandonné les poursuites et retiré ma déclaration. Elle était bien au 12, rien n'a disparu. Je veux bien des explications sur cette aventure des plus étranges.


Carole.

/

Madame,

Il était tard, ou plutôt tôt. Je sortais alcoolisé d'un bar, à l'autre bout de la ville. Voulant fumer une cigarette, j'ai mis une main dans ma poche et suis tombé sur cette clef avec les insignes BMW.

Toujours alcoolisé, j'ai couru, fou de joie, dans la rue en appuyant sur le bouton d'ouverture jusqu'à trouver votre voiture, puis je suis rentré chez moi.

Deux jours plus tard, j'ai retrouvé sur mon bureau votre clef. La mémoire m'est revenue et j'ai couru jusqu'à votre voiture afin de trouver une adresse ou un numéro de téléphone et suis tombé sur votre carte du palais de justice. Effrayé j'ai fait au plus vite pour vous la ramener. Cette histoire paraît absurde, mais elle est vraie.

Cordialement,


Robin.

/

Monsieur le malfaiteur,

Votre histoire semble improbable c'est vrai. Heureusement que vous n'avez pas fait d'accident, vous auriez pu vous tuer, ou tuer quelqu'un. Si ça se reproduit à l'avenir, vous penserez à cette histoire.

Merci pour votre honnêteté.

Cordialement,


Carole.

/

Madame,


Encore merci de réagir comme cela. C'est peut être trop ce que je vais vous demander, mais vous ayant vue sur votre carte du palais de justice, j'aimerais vous rencontrer.

Cordialement,


Robin.


/

Monsieur le malfaiteur,

Oui, c'est de trop.


Carole.


23 mai

Louis Falcon de Longevialle

Agathe, 14 avril-2011 14:03

Je viens de me lever avec un gros mal de tête, sans savoir comment je suis arrivé dans mon lit.

Je ne me rappelle plus grand chose, j’ai juste le sentiment d’avoir été impitoyable avec toi, de t’avoir craché à la gueule tes quatre vérités.

Je n’invoquerai pas l’ivresse pour que tu me pardonnes mais sache que je ne pensais pas le dixième de ce que j’ai pu te dire, je m’en veux tellement.

Je te demande pardon, je suis sincère, crois-moi !

Je t’embrasse.


Louis, 14 avril-2011 14:08

Je suis contente que tu aies mal à la tête.

Je suis contente que tu t’en veuilles.

Je suis contente, enfin, de connaître mes quatre vérités.

Par contre je suis triste que tu ne te rappelles plus rien.

Je suis sincère, crois-moi !

Je t’emmerde.


Agathe, 14 avril-2011 14:15

Je suis conscient de t’avoir fait du mal mais je t’en prie pardonne-moi.

Je me sens idiot d’avoir gâché notre histoire avec si peu de mots.

Je voudrais te voir, pour te parler, pour m’expliquer.

Fais moi part de tes désirs.


Louis, 14 avril-2011 14:22

Sois conscient que je n’ai plus de désirs envers toi, le seul qui me reste est celui de ne plus te voir. Culpabilise encore si tu le souhaites, mais sache que ça ne me fait plus rien.


16 mai

Rodolphe Sigrist

Sur un chemin broussailleux


Paisible promenade dans la vallée où le soleil joue sur la végétation

de l'eau, on entend non loin, rivière, chute d'eau et clapotis

il fait clair et bon ici, on se sent bien, on avance gaiement

dans la forêt la lumière baisse peu à peu et on s'enfonce

Mais d'où venons-nous?

on avance encore, encore

ici

branches

plantes

vert

ici aussi,

ici encore

broussaille

et tout s'épaissit

la couleur

verte

odeurs écorce humide

les sons s'enfoncent aussi

le vent anime tout l'espace, prend le relai de la lumière

et on frôle lentement ici

à côté

une multitude de branchages

là-bas

à nos pieds

à côté

plus de pieds

perdus dans cette masse végétale, élastique et flexible mais on avance

la barrière pèse son poids, on avance pourtant

encore

mais on butte

sur l'obstacle

on chute au niveau du sol

dans l'autre univers, en dessous

sur un chemin broussailleux.

7 mai

Edouard Fosse

Les Années Folles.

Vous arrivez en retard. Du bout de la rue vous entendez les premiers sons. Vous n'avez pas le numéro, ni votre téléphone mais la musique vous guide. Après quelques minutes d'attente et la gentillesse d'un voisin vous pénétrez dans l'immeuble. Vous voilà devant la porte d'où s'échappent des morceaux de jazz. Inhabituel, vous vous dites. Vous frappez. Un groom vous ouvre la porte. Inhabituel, vous vous dites. Vous commencez la recherche de vos amis.

Vous interpelez Joséphine Baker qui ne vous répond pas. Au loin vous apercevez Dali qui danse un charleston sur un rythme endiablé. Vous êtes déstabilisé par le bruit qui vient de partout, les danseurs, le groupe de jazz, le bruit au plafond. Et vos compagnons sont introuvables.

Vous décidez tout de même de rester un peu. Vous prenez goût à ce lieu. Un jeune homme vous prête son haut-de-forme et une veste. Les compliments fusent sur ce nouvel accoutrement. Vous oubliez de plus en plus vos amis.

Vous faites la rencontre de Picasso autour d'un verre au bar mais il vous indiffère. Vous êtes obnubilé par une jeune femme située derrière lui. Celle-ci avec son fume-cigarette vous attire sur la piste de danse. Au passage vous notez qu'il y a beaucoup de bruit dans la cage d’escalier, peut-être vos amis.

Vous voilà sur la piste. Vous multipliez les rocks, les twists. Votre cible n'y sera pas pour autant sensible et repartira sans vous dire un mot. Mais vous avez pris goût à cette activité, vous restez. Vous multipliez les danses en compagnie de Mistinguet, Baker et ses amis du Moulin Rouge. Fatigué et convaincu du fait que vous ne verrez pas vos amis ce soir, vous décidez de rentrer.

Vous descendez lentement les escaliers. Vous vous retournez, on vous a appelé. Camille. Vous discutez et vous comprenez qu'un étage vous a séparés pendant toute cette soirée.

19 avril

Victor Ostojic

Au Pub

-Les deux pressions.

-Ça va aller ?

-Il attrapa mon épaule et me tendit une des deux bières.

-Elle était si belle.

-Je sais mon pauvre.

-C’est fini…

-Ne t’en fais pas, tu en trouveras une autre.

-Vous en voulez une autre, je peux vous proposer quelque chose de plus fort ?

-D’accord.

-Vous avez vu le match ?

-On regarde.

-Peut-on gagner ?

-Sans aucun doute!

-On ne s’y connaît pas trop.

-Allons nous isoler, là-bas

-Tu as l’air d’un désespéré et sacrément en manque.

-Je le suis.

-Il a profité de ma confiance.

-Je t’avais prévenu.

-But.

-On a marqué !

-Mais qu’est ce qu’on s’en fout.

-Tu me reprochais de ne pas l’aimer.

-J’ai eu tort.

-Ah, l’époque où nous étions deux libertins.

-On a gagné ! On a gagné !

-Ah ce bon vieux temps.

-Il offre la tournée à tout le monde.

-Quel pigeon.

-Un peu comme moi…

-Regarde ce qui arrive.

-Elles sont fraîches.

-Les pressions ?

-Non !

-Hello guys, can we join you ?

-La soirée commence

-On est les champions ! On est les champions !

-Regardez ces deux-là.

-Reviendra-t-elle ?

-Allez ,deuxième tournée pour tout le monde !

-Oh yes ! We love that !

-Arrête et profite.

19 avril

Nolwenn Montagny

Il est 5 am à la Havane. Le jour se lève, un air frais vient de la mer. C’est ici, sur ce toit que je me suis endormie, le souffle coupé. Je respire enfin, c’est fini. Soulagement. Mais la ville est encore vide et la rue toujours sombre. Le soleil arrive à l’horizon, il résoudra les problèmes, je l’espère. Il commence à chauffer d’ailleurs. Un oiseau chante.


Il est 10 am, le soleil ne brûle toujours pas mais mes vêtements sont enfin secs. Les rues s’animent depuis deux heures. Je me suis rendormi. On entasse les gravats et les déchets que l’ouragan a déplacés. Les gens s’entraident et veulent vite en finir. Reprendre leur vie là où elle en était. La tempête est derrière.


Il est 12 am, je ne suis toujours pas descendu du toit, je ne veux pas, je suis seul, je ne veux pas. Le soleil brûle.

12 avril

Habiter la circulation

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